A Alger, le ministre français de la Justice acte la détente dans les relations franco-algériennes
Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué lundi à Alger avec le président Abdelmadjid Tebboune les moyens de réparer la relation entre la France et l'Algérie, actant l'apaisement amorcé ces derniers mois après une crise acrimonieuse de presque deux ans.
M. Darmanin a été reçu pendant deux heures et demie par le chef de l'État algérien, a indiqué la chancellerie française.
"On a pu évoquer le travail que nous devons continuer à faire pour renouer la confiance entre deux pays qui se respectent, la France et l'Algérie", a déclaré le ministre français dans une allocution après la rencontre, en remerciant le président pour ce "très long échange".
Arrivé dimanche, M. Darmanin avait auparavant tenu plusieurs réunions de travail avec son homologue algérien, Lotfi Boudjemaa, concrétisant, "après deux années d'interruption totale, (...) la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle" selon le ministère français.
Le garde des Sceaux a précisé avoir évoqué avec les autorités algériennes le cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif arrêté en Algérie dans le cadre d'un reportage et condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".
Sa famille a annoncé qu'il avait retiré en mars un pourvoi en cassation, une démarche visant à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.
- "DZ mafia", biens "mal acquis" -
Gérald Darmanin a aussi dit avoir discuté de la coopération judiciaire pénitentiaire, de la lutte contre la criminalité organisée, du dossier de la "DZ mafia" (cartel d'organisations criminelles originaire de Marseille) et de l'affaire des biens mal acquis.
Il a précisé que les autorités algériennes avaient fait "une centaine de demandes" pour récupérer "les biens nés, malheureusement, de la corruption", en allusion aux avoirs, propriétés et fonds que des responsables algériens - surtout liés à l'ancien régime d'Abdelaziz Bouteflika - auraient acquis illégalement et placés en France.
M. Darmanin a dit avoir invité les responsables des autorités judiciaires algériennes à se rendre à Paris début juin "pour approfondir ces dossiers, pour que nous puissions porter devant la justice française ces dossiers de saisie et de confiscation qui touchent d'anciens responsables du régime algérien".
Les signes d'une décrispation entre les deux pays se multiplient ces derniers mois après une crise profonde.
Les tensions ont éclaté à l'été 2024 lorsque Paris a apporté son soutien à un plan d'autonomie sous "souveraineté marocaine" pour le territoire disputé du Sahara occidental. L'Algérie, qui appuie les indépendantistes du Front Polisario, avait immédiatement rappelé son ambassadeur en France.
Depuis, une série d'épisodes sont venus entretenir les tensions. Parmi eux, la détention et la condamnation en Algérie de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, finalement gracié, celle de Christophe Gleizes et ou encore l'incarcération en France d'un agent consulaire algérien accusé d'être impliqué dans l'enlèvement d'un influenceur.
"L'enjeu aujourd'hui est de rétablir la confiance", estime le média TSA Algérie.
La détente entre l'ancienne puissance coloniale française et l'Algérie, indépendante depuis 1962, a été confirmée par une visite à la mi-février du ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, suivi en mai de la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.
Signe supplémentaire du réchauffement, le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Sayoud, se rendra pour sa part à Paris dans "quelques jours", a annoncé M. Nuñez dans un entretien paru dimanche.
"C'est un signal très positif", a-t-il salué dans La Tribune Dimanche.
- Embellie -
Pour la visite de Gérald Darmanin, la priorité consistait à relancer une collaboration judiciaire "extrêmement ralentie".
L'embellie s'illustre déjà par une "reprise importante" des laissez-passer consulaires pour les expulsions d'individus dangereux vers l'Algérie. Ce nombre est passé de zéro à "quelques centaines" ces derniers mois, selon la chancellerie.
La "DZ mafia", mais aussi d'autres organisations, ont également été au menu.
"Nous partageons avec l'Algérie la difficulté de lutter contre les mafias (...) qui font venir de la drogue et qui touchent particulièrement notre jeunesse, qu'il s'agisse de la cocaïne, du cannabis ou des psychotropes", a dit M. Darmanin.
"Nous avons, sans entrer dans les détails, échangé de très précieuses informations et demandé un certain nombre d'extraditions, comme l'Algérie d'ailleurs a demandé des extraditions à la France", a-t-il ajouté.
Y.Raman--MT