Madras Times - Ouagadougou-Alger: Swiftair condamnée, soulagement des familles "4.449 jours" après le crash

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Ouagadougou-Alger: Swiftair condamnée, soulagement des familles "4.449 jours" après le crash
Ouagadougou-Alger: Swiftair condamnée, soulagement des familles "4.449 jours" après le crash / Photo: SIA KAMBOU - AFP/Archives

Ouagadougou-Alger: Swiftair condamnée, soulagement des familles "4.449 jours" après le crash

Plus de douze ans après la mort des 116 occupants du vol Ouagadougou-Alger d'Air Algérie, écrasé en plein Sahel le 24 juillet 2014, la compagnie Swiftair, propriétaire de l'appareil, a été condamnée lundi à 225.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris pour homicides involontaires.

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"Ça fait 4.449 jours" depuis le crash, décompte Sandrine Tricot, qui a perdu son mari dans la catastrophe. "Cette procédure vous attache au passé et à la brutalité du drame", poursuit-elle, les yeux embués, au milieu d'un collectif de familles en t-shirts floqués "116 victimes", venues en nombre pour le délibéré.

En mars, au terme de trois semaines de débats, l'accusation avait réclamé la même peine d'amende, maximale pour une entreprise, contre cette compagnie espagnole propriétaire du McDonnell Douglas MD-83 qu'elle avait loué à Air Algérie avec son équipage.

Le tribunal l'a suivie, estimant que des "négligences" de Swiftair dans la formation et l'entraînement de l'équipage ont "contribué de façon certaine à l'accident", sans aucun survivant dans le nord du Mali.

A la fois "soulagé" et "mitigé" à l'issue de la décision, Claude Floury, dont la fille Katell était dans l'avion, a estimé que "si les pilotes avaient été formés correctement, (leurs) proches seraient toujours en vie".

"Enfin, la responsabilité pénale est établie dans ce dramatique accident et la société Swiftair, qui a cherché par tous moyens à échapper à un procès en France, est enfin rattrapée par les erreurs qu'elle a commises", a ajouté l'avocat de la grande majorité des 116 victimes, Me Sébastien Busy.

Dans un communiqué transmis à l'AFP, Swiftair a regretté la décision du tribunal, sans indiquer si elle allait faire appel. Selon elle, sa responsabilité "ne devrait pas être retenue dans ce tragique accident, comme l'a conclu (...) la plus haute juridiction d'instruction en Espagne" qui avait prononcé un non-lieu en 2016.

La compagnie madrilène maintient "que ses protocoles de sécurité et ses programmes de formation des pilotes étaient conformes aux réglementations et normes en vigueur."

- Plaque mémorielle -

Dans l'appareil qui effectuait le vol AH5017 se trouvaient 110 passagers dont 54 Français, 23 Burkinabé, des Libanais, des Algériens et six membres d'équipage, tous Espagnols.

Le 24 juillet 2014, en pleine nuit, alors que l'aéronef traversait une zone intertropicale orageuse, la non-activation du système d'antigivrage avait conduit à la formation de cristaux de glace dans des capteurs de pression, entraînant la décélération automatique des moteurs, sans réaction appropriée de l'équipage et jusqu'au décrochage fatal, qui n'a laissé aucun survivant.

La boîte noire de l'avion, qui s'est crashé en plein Sahel, n'avait pu être exploitée.

"Il aurait été humain de la part de Swiftair d'admettre des négligences avérées dans la formation des pilotes, et d'admettre que ces négligences ont conduit à la survenance de cet accident aérien qui ne pouvait pas, c'est ma conviction, ne pas arriver", avait estimé la procureure, Valentine Géraud, lors de son réquisitoire.

L'accusation, nourrie d'expertises, avait souligné que le commandant de bord avait manqué une séance obligatoire de remise à niveau portant précisément sur l'antigivrage, et que lui et sa copilote étaient "saisonniers" et sortaient d'une période d'inactivité de plusieurs mois.

La défense de Swiftair avait au contraire pointé un dossier alimenté par les enquêteurs français "ni fait, ni à faire", dont les conclusions ont mis en lumière des manquements de la compagnie comme cause directe de l'accident... à rebours de la justice espagnole, qui a rendu un non-lieu.

"Tout crash n'égale pas responsabilité pénale", avait martelé Me Rachel Lindon, alors que ses confrères en soutien de la compagnie, Mes Julie Hanoun, Jean-Baptiste Charles et Louis Falgas, avaient rappelé dans leur plaidoirie qu'"on ne saura jamais ce qui s'est dit entre les membres de l'équipage", à qui "on impute des hypothèses, des conjectures, voire des leçons de morale, mais aucune certitude".

Les familles ont prévu de se retrouver lundi après-midi devant la plaque mémorielle des victimes du crash dans les allées du parc de Bercy.

A.Singh--MT