Face aux accusations, Thélyson Orélien pointe une volonté de le "faire taire"
L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, accusé d'avoir utilisé l'intelligence artificielle pour écrire son roman "C'était ça ou mourir" et d'avoir plagié des textes au Canada, a dénoncé jeudi auprès de l'AFP une "volonté" de le "faire taire", après trois jours d'une tempête médiatique.
Auteur de l'un des best-sellers de la rentrée, le romancier de 38 ans, qui a remporté lundi le prix du roman Fnac et figure dans les sélections de plusieurs autres récompenses comme le Goncourt, a assuré dans une courte déclaration à l'AFP se porter "bien" malgré la pression, avant de prendre la parole au festival de littérature de la ville de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence).
"Par rapport à tout ce qui se passe dans l'actualité, je suis prêt à m'exprimer quand tout sera calme", a-t-il expliqué. "Parce que maintenant, il y a quand même cette volonté, non seulement d'attaquer le livre, mais surtout ma voix (...), de me faire taire", a-t-il ajouté.
"Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme", a-t-il conclu, sans indiquer s'il entendait prochainement retourner au Canada, où il habite.
Il a pris la parole jeudi après-midi devant environ 500 personnes, qui l'ont applaudi à plusieurs reprises. Il n'a pas évoqué la polémique et n'a pas été interrogé par l'animatrice, qui a déclaré en préambule : "On va mettre cette polémique dans un sac plastique et parler littérature, avec notre intelligence naturelle".
Jusqu'à présent, Thélyson Orélien n'a pas répondu en détail sur les accusations. Auprès de Libération, il les avait rejetées mardi et indiqué être "en train de constituer un dossier" avec ses éditeurs "pour prouver" qu'il a écrit l'ouvrage de sa main.
L'auteur a été mis en cause lundi sur le réseau social X par le compte anonyme "Balance ton Claude", jusqu'alors confidentiel. Celui-ci a affirmé que le livre avait été "presque intégralement" écrit par une intelligence artificielle, après en avoir fait analyser des extraits par le logiciel américain Pangram.
Un débat s'est depuis engagé sur la fiabilité de ces outils de détection de l'IA, qui se sont fortement améliorés ces dernières années.
L'AFP a ainsi soumis à huit détecteurs différents des passages du roman. Deux sont arrivés à la conclusion qu'ils sont très probablement l'oeuvre d'une IA et trois à la conclusion inverse. Pour les trois derniers, le taux de probabilité de génération par l'IA varie de 7% à 59%.
Même si Pangram fait partie des détecteurs considérés comme les plus avancés, il ne devrait "jamais être l’arbitre final" mais plutôt un point de départ pour une enquête plus approfondie, avait souligné le PDG et cofondateur de cet outil, Max Spero, auprès du média américain The Atlantic dans un article paru en mai 2026.
- "Tromperie" -
A ces accusations se sont ajoutées mercredi des allégations de plagiat au Canada pour des textes publiés il y a plus de dix ans.
Le quotidien québécois La Presse a indiqué avoir constaté qu'une de ses chroniques publiée en 2013 était dans sa "quasi-totalité" une "traduction légèrement remaniée" d'un article diffusé quelques jours plus tôt par le journal philippin The Philippine Star, toujours accessible en ligne.
Avec le groupe audiovisuel public Radio-Canada, ils évoquent aussi d'autres textes contenant des passages plagiés, publiés par l'écrivain notamment dans le HuffPost Québec ou sur des blogs.
Radio-Canada indique par ailleurs qu'une nouvelle de Thélyson Orélien, ayant remporté un prix décerné par le groupe public dans les années 2010, contient des phrases tirées du livre "Le matin des magiciens" de Louis Pauwels et Jacques Bergier, publié en 1960.
"À une époque où le public est inondé de faux, notre rigueur quotidienne dans la vérification de l'information est notre plus grande responsabilité. Cette tromperie est décevante et inexcusable", a déclaré l'éditeur adjoint de La Presse, François Cardinal, cité dans le journal.
Les éditions du Boréal, qui publient Thélyson Orélien au Canada, ont indiqué prendre "très au sérieux" les allégations de recours à l'IA et "déployer tous les efforts nécessaires, avec l'auteur comme à l'interne, afin de faire toute la lumière".
Dans le magasin Fnac proche de la gare Saint-Lazare à Paris, "C'était ça ou mourir" était toujours jeudi à l'honneur dans les rayons et les vendeurs n'ont pas observé de changement du comportement des clients.
"Ce livre a été plébiscité par un jury de 800 lecteurs et par un large public depuis son lancement", a fait remarquer un porte-parole de l'enseigne.
Du côté du monde littéraire, plusieurs auteurs ont pris sa défense. Virginie Despentes a ainsi loué mercredi dans l'émission "C ce soir" un roman qu'elle a "beaucoup aimé "et jugé que son auteur n'avait "pas à se justifier" face à Pangram.
L.Mathur--MT