

En Bourgogne, une forêt pour protéger la vigne du réchauffement
Au Château de Meursault, en Bourgogne, les vendangeurs coupent les grappes de raisins parfois desséchés, à dix mètres d'une forêt plantée pour aider la vigne à résister aux chaleurs, une initiative novatrice dans l'arsenal des vignerons face au réchauffement.
"J'ai commencé dans les années 80 avec des vendanges en septembre et parfois fin octobre, et depuis l'an 2000, on est déjà à une dizaine de vendanges commencées en août": du haut de ses 62 ans, Stéphane Follin-Arbelet, directeur général des lieux constate "tout l'impact du réchauffement climatique" sur les vignes.
"On a des feuilles sèches et on sait que cette année, on a eu une canicule", montre-t-il à l'AFP devant des grappes parfois flétries par le soleil. Mais ce n'est pas tant cette vague de chaleur-là que leur "répétition" qui force à l'action, assure le responsable.
"Où va-t-on dans les trente ans à venir?", se demande-t-il.
Pour aider la vigne à s'adapter et éviter que le vin devienne imbuvable car trop chargé de sucre et d'alcool, le domaine de Meursault (Côte d'Or), 67 hectares, a déployé la palette classique des vignerons dans la lutte contre le réchauffement: plantation de porte-greffes (partie enterrée de la vigne) plus résistants, recréation de haies, culture en bio...
Mais le château a voulu aller plus loin: le long d'un cours d'eau situé à seulement une dizaine de mètres des ceps, une ripisylve, forêt poussant sur les bords d'une rivière, a été plantée de 3.000 espèces environ d'arbres et arbustes.
- "Cohabitation très favorable"-
"La proximité d'une bordure boisée a un impact jusqu'à 100 mètres de distance", en terme de biodiversité, de vie du sol ou de température, explique Fabrice Desjours, concepteur de la ripisylve de Meursault.
Pionnier des "jardins-forêts" basé dans la Saône-et-Loire voisine, M. Desjours en a planté des hectares en Bourgogne et partout en France, où il développe ce mouvement né dans les régions tropicales du Globe.
A Meursault, quatre ans après la plantation de la forêt, "on constate qu'on a plus d'oiseaux, beaucoup plus d'insectes", confirme M. Follin-Arbelet, évoquant une "cohabitation" entre la vigne et la forêt "très favorable". "Et dans le sous-sol, il y a des champignons qui peuvent atteindre la vigne, afin de mieux distribuer les éléments nutritifs", explique-t-il.
Consciente de leur bienfait, l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), sorte d'ONU du vin, avait encouragé la création de "réservoirs de biodiversité" dans son appel pour "le développement durable" de la vigne, lancé en octobre 2024.
Les îlots de biodiversité permettent le retour de "plusieurs centaines de catégories d'arthropodes (insectes, araignées) et de dizaines d'espèces d'oiseaux", a montré une étude portant sur des vignes de plusieurs pays européens et appelée "BioDiVine".
Ces réservoirs offrent de plus un "rafraîchissement des vignes voisines" des arbres, "de l'ordre de 2,5°C durant la période de véraison", moment où le grain de raisin gonfle, note Vitiforest, une étude notamment menée par l'Institut Français de la Vigne (IFV).
La plantation d'arbres au milieu des ceps, pratique ancestrale victime de la mécanisation, fait aujourd'hui son retour, comme par exemple au prestigieux château Cheval-Blanc, dans le Bordelais. Mais créer toute une forêt proche des vignes comme à Meursault, même de taille réduite, est pionnier.
"Plus vous mettez de biodiversité, plus vous avez d'insectes, plus le système peut se reproduire et plus il est résilient, robuste", estime M. Follin-Arbelet, sous les piaillements des oiseaux ayant déjà peuplé les arbres de la nouvelle forêt.
N.Mukherjee--MT