Sur l'île d'Oléron, un "rempart" contre l'érosion côtière près d'une station d'épuration
Sur une plage de l'île d'Oléron, un engin entasse de gros filets de pierres contre un cordon dunaire. Des travaux sont réalisés en urgence face à l'érosion littorale, qui menace la lagune d'infiltration des eaux traitées par une station d'épuration voisine.
Un recul significatif du trait de côte était attendu pour 2030 mais les effets conjugués des tempêtes récentes et de la montée des eaux ont déjà rogné l'endroit sur 25 mètres, devançant les prévisions.
"La partie sud-ouest de l'île subit une érosion importante", de cinq à vingt mètres par an, "notamment parce que la côte y est sableuse", et "elle s'est accélérée ces dernières années", observe Thierry Mareschal, responsable du service littoral de la communauté de communes de l'île.
Or, la plage des Allassins, sur la commune de Grand-Village-Plage, est située juste devant les bassins d'infiltration des eaux traitées par une station d'épuration, elle-même distante de 600 mètres. "Il y a un enjeu d'intérêt général à les protéger", ajoute le responsable.
Pour éviter toute intrusion d'eau de mer dans le système de lagunage et prévenir les risques de pollution et de dysfonctionnement, la collectivité a choisi d'édifier un rempart "innovant" composé de filets de gabions, pesant quatre tonnes chacun mais repositionnables.
Depuis la mi-janvier, des engins de chantier les empilent au pied du cordon dunaire, derrière lequel se trouvent les bassins. Les travaux, d'un coût de 620.000 euros hors taxe, doivent durer deux mois sur plusieurs centaines de mètres.
Pour Christophe Sueur, président du syndicat Eau 17 qui cofinance l'opération avec la collectivité oléronnaise, "il n'y a pas de risque de pollution majeure": il s'agit "d'éviter par exemple que la dune s'affaisse en plein été et que les eaux des bassins viennent à couler sur la plage, causant un préjudice touristique".
- "Urgence à agir" -
Cette solution d'urgence est transitoire: "d'ici cinq ans", les eaux traitées ne s'infiltreront plus sur place mais rejoindront l'exutoire en mer d'une autre station d'épuration de l'île.
"C'est dans nos intentions depuis vingt ans mais les investissements sont pharaoniques. Il y a urgence à agir, sinon plus personne ne pourra tirer la chasse d'eau dans le sud d'Oléron", avertit le président d'Eau 17, en rappelant que ce littoral est l'un des plus exposés à l'érosion en Europe.
Les filets utilisés ont été fabriqués au Japon, les pierres venant d'une carrière voisine. "La souplesse de ces sacs amortit la vague et évite l'érosion au maximum", explique Emmanuel Leroy, chef de chantier chez Colas.
"C'est l'une des premières fois que ce système est testé en France sur la côte. Beaucoup de communes vont scruter les résultats", estime Christophe Sueur.
Oléron n'est pas seule à subir l'érosion du littoral atlantique: à Soulac-sur-Mer en Gironde, le recul du trait de côte a nécessité la démolition d'un immeuble emblématique du phénomène, Le Signal, en 2023.
Plus au sud, l'ancien institut hélio-marin de Labenne (Landes), construit en 1930 à 65 mètres de l'océan, est en cours de démolition depuis octobre, tandis que celle du phare de la Coubre, à une vingtaine de kilomètres de Royan (Charente-Maritime), a été actée l'an dernier.
Q.Dutta--MT