Liban: à Nabatiyé, les habitants découvrent leurs commerces et maisons en ruines
Dans sa rue dévastée de la ville de Nabatiyé au Liban, où il s'est précipité lundi dès l'annonce d'un accord sur une fin de la guerre au Moyen-Orient, Kamal Kamal, un torréfacteur, ne retient pas ses larmes: le travail de toute une vie est parti en fumée.
La grande ville du sud du Liban, qui comptait quelque 90.000 habitants avant la guerre, a été pilonnée sans merci par l'armée israélienne, qui avait intensifié ses bombardements la semaine dernière et ordonné à toute la population d'évacuer.
Les Etats-Unis et l'Iran ont annoncé lundi un accord pour mettre fin à la guerre, qui stipule, selon Téhéran et le médiateur pakistanais, l'arrêt de la guerre sur tous les fronts, dont le Liban.
"Quel gâchis, c'est une vie entière qui est perdue", dit Kamal Kamal, qui s'avance en s'appuyant sur une canne dans la rue qui porte le nom de son commerce, le "Café Kamal".
"J'ai ouvert mon commerce dans les années 70, quand j'étais encore un jeune homme", ajoute-t-il en essuyant ses larmes avec un mouchoir en papier.
De sa boutique et de ses entrepôts, il ne reste plus que des ruines. "La rue entière doit être rasée", dit l'homme d'affaires.
Les habitants de retour lundi à Nabatiyé sont choqués par l'ampleur des destructions dans plusieurs quartiers. La toiture du souk couvert, dans le centre, s'est effondrée et les commerces ont subi d'importants dégâts à la suite des frappes israéliennes.
De nombreuses habitations de la ville, important carrefour économique du sud, sont également détruites, selon un photographe de l'AFP.
Des engins de chantier déblaient les rues principales pour faciliter le retour des habitants.
- "Baume à l'âme" -
A l'entrée de la ville, un barrage de l'armée libanaise indique aux habitants quels chemins emprunter, alors que l'artillerie israélienne résonne au loin et que la fumée s'élève des environs, où l'armée israélienne a progressé au cours des derniers jours.
Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars, en soutien à l'Iran, attaqué fin février par les Etats-Unis et Israël. Les frappes israéliennes ont depuis fait plus de 3.700 morts et plus d'un million de déplacés au Liban.
Dans son quartier entièrement détruit, Rana Nasrallah, 45 ans, regarde l'amas de ruines qui reste de sa maison. Des vêtements, des matelas et des pots de fleurs cassés dépassent des gravats.
"Nous avons grandi dans ce quartier. On jouait ici quand on était enfants, les femmes âgées s'asseyaient là pour faire un brin de conversation", se remémore-t-elle.
"Ce sont les repères de la ville qu'ils ont cherché à faire disparaître", dit-elle en montrant les dévastations du souk traditionnel, cœur historique de la ville.
Elle affirme être revenue dès l'annonce d'un accord de fin de conflit, sans même attendre le feu vert des autorités qui ont conseillé aux déplacés la prudence.
"On ne pouvait plus attendre davantage", dit cette femme. Nous sommes revenus pour respirer la terre de notre ville. Même si nous n'avons plus de maison pour nous abriter ni de travail, cela apporte du baume à l'âme", ajoute-t-elle, assurant que les habitants de Nabatiyé vont reconstruire leur ville.
Y.Aggarwal--MT