Décollage vers l'ISS de Sophie Adenot, une première pour une Française depuis 25 ans
Quatre astronautes, dont deux Américains, un Russe et la Française Sophie Adenot, la première dans l'espace depuis 25 ans, se sont envolés vendredi vers la Station spatiale internationale pour un voyage de plus de 30 heures.
Le décollage de la fusée SpaceX, reporté de deux jours en raison de mauvaises conditions météorologiques, a eu lieu vers 05H15 locales (10H15 GMT) depuis Cap Canaveral en Floride, d'après une retransmission vidéo de la Nasa.
Accompagnée de deux astronautes de la Nasa, Jessica Meir, 48 ans, et Jack Hathaway, 43 ans, et d'un cosmonaute russe de Roscosmos, Andreï Fediaïev, 44 ans, Sophie Adenot, 43 ans, s'est envolée pour un voyage de plus de trente heures vers l'ISS.
Vêtu de combinaisons blanches, l'équipage de cette mission nommée Crew-12 rejoindra le laboratoire orbital vers 20H15 GMT samedi pour un séjour de huit à neuf mois.
A la cité des sciences de Paris, où quelques centaines de personnes assistaient à la retransmission du décollage en direct, les applaudissements ont retenti quand l'astronaute belge Raphaël Liégeois, camarade de promotion de Sophie Adenot, a annoncé que la fusée venait de franchir les 100 km d'altitude et était "officiellement dans l'espace".
Elle devient la deuxième Française de l'histoire à réaliser cette prouesse, après la pionnière Claudie Haigneré en 1996 et 2001, qui l'a inspirée et dont elle portera l'écusson.
"J'avais 14 ans, j'ai eu le déclic quand je l'ai vue décoller (...). Je me souviens très bien que c'est à ce moment-là que je me suis dit +un jour ce sera moi+", confiait récemment celle dont la chambre d'enfant était ornée de posters de fusées.
"Osons rêver grand ensemble", a-t-elle lancé vendredi depuis l'espace, sur la vidéo en direct de la Nasa.
- Laboratoire unique -
Trente ans après cette révélation et un parcours d'excellence dicté par ce rêve, cette ingénieure de formation et ancienne pilote d'essai est entrée à son tour dans l'Histoire, quelques années après un autre Français, Thomas Pesquet.
Apprécié pour sa bonhomie, ce dernier avait relancé l'intérêt du grand public pour l'espace lors de deux séjours passés dans l'ISS.
Comme lui, Mme Adenot, large sourire et cheveux châtains rassemblés en queue de cheval, use déjà des réseaux sociaux pour partager son quotidien hors du commun.
"Allez Sophie!" l'a encouragée le président Macron dans une vidéo diffusée vendredi avant le lancement sur le réseau social X, et dans laquelle apparaissent de nombreux influenceurs et personnalités, dont Thomas Pesquet.
"Sophie, on est fiers de toi, je te souhaite un très agréable voyage et une mission à la hauteur de tes rêves. Bon vol!", a déclaré pour sa part le directeur général de l'ESA Josef Aschbacher dans un autre message vidéo.
Durant son séjour à 400 kilomètres de la Terre, l'astronaute participera à plus de 200 expériences scientifiques qui porteront sur la microgravité, pour étudier notamment ses effets à long terme sur le corps humain, et sur l'environnement spatial.
L'astronaute testera par exemple EchoFinder, un système mis au point par le Centre national d'études spatiales (Cnes), qui doit permettre aux astronautes de réaliser des échographies en totale autonomie, grâce à l'intelligence artificielle et à la réalité augmentée.
Elle se soumettra aussi à une série de tests neurosensoriels pour évaluer l'effet de son séjour en orbite sur la mémoire, la prise de risque ou la reconnaissance des émotions.
- Coopération internationale -
La mission internationale, qui doit prendre fin en octobre avec son retour sur Terre, a été quelque peu compliquée par une série de contretemps, entre retour prématuré d'un équipage précédent de l'ISS pour raisons médicales et contraintes de calendrier liées à une autre mission habitée de la Nasa, à destination cette fois de la Lune.
Le cosmonaute russe prévu de longue date pour partir à ses côtés a été par ailleurs retiré d'urgence l'an passé de l'équipe, en raison de soupçons d'espionnage selon des analystes, sans que la Nasa ne confirme ce point. Il a été remplacé par un autre candidat.
Occupée en permanence depuis 25 ans, l'ISS est un laboratoire scientifique sans pareil mais aussi l'un des derniers espaces de coopération internationale entre Américains et Russes.
Cette aventure collaborative est néanmoins appelée à prendre fin en 2030, quand la Station spatiale internationale sera mise à la retraite. Les stations spatiales entreront alors dans une ère plus commerciale, à l'image de ce qui s'est déjà produit pour les fusées.
C.Chaudhary--MT