Madras Times - Des dentistes bienveillants font la chasse aux caries des enfants défavorisés de Mongolie

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Des dentistes bienveillants font la chasse aux caries des enfants défavorisés de Mongolie
Des dentistes bienveillants font la chasse aux caries des enfants défavorisés de Mongolie / Photo: Hector RETAMAL - AFP

Des dentistes bienveillants font la chasse aux caries des enfants défavorisés de Mongolie

Tour à tour, des enfants d'un orphelinat d'Oulan-Bator passent dans une tente traditionnelle mongole entre les mains attentionnées du dentiste d'une fondation caritative, sous le regard bienveillant d'une hygiéniste occidentale. Ils sont confiants, peut-être même curieux.

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Comme les autres enfants défavorisés de Mongolie, Altanzul, Agimaa et leurs camarades n'ont pas l'habitude qu'on s'occupe de leur dentition. C'est ce désintérêt, conjugué aux ravages récents du sucre, qui a conduit l'hygiéniste suisse Gabriella Schmidt-Corsitto à créer la Misheel Kids Foundation pour soigner leurs dents gratuitement.

"Je n'ai rien vu de semblable à ce que j'ai vu en Mongolie. Je n'avais jamais vu un enfant de trois ans avec plus une seule dent saine", dit Gabriella Schmidt-Corsitto, tandis que les dentistes de la fondation s'affairent auprès d'enfants qui ont perdu leurs parents ou que leur famille a placés dans cette institution de la banlieue d'Oulan-Bator.

Environ un tiers de la population d'Oulan-Bator vit dans ces immenses quartiers de Ger, du nom des tentes traditionnelles mongoles, qui ont poussé à la périphérie de la capitale, réceptacles d'un exode rural rapide. Les conditions de vie y sont sommaires, l'hygiène bucco-dentaire déficiente.

Les praticiens de la fondation interviennent dans les orphelinats et les garderies. Ils se déplacent aussi avec des cliniques mobiles dans les quartiers désavantagés.

Deux fois par an, ils entreprennent ce qu'ils appellent des "treks dentaires" dans les régions reculées de ce pays grand comme trois fois la France métropolitaine, parcourant des milliers de kilomètres pour atteindre des populations clairsemées.

Allongée sur la table du dentiste, Altanzul, 8 ans, paire de couettes et tricot canari, desserre les mains pour montrer du doigt le côté qui l'importune au professionnel penché au-dessus de sa bouche avec une sonde métallique pointue. L'intervention terminée, elle se redresse prestement avec un sourire.

- Le fléau des caries -

"J'avais mal à une dent, alors c'est vraiment bien", rayonne-t-elle tandis que d'autres jeunes patients attendent leur tour.

"Environ neuf enfants sur dix souffrent de caries à travers toute la Mongolie", indique Namuunaa, cheffe de projet de l'ONG: "La situation est très grave".

Venue vivre en Mongolie avec sa famille en 2014, l'hygiéniste Gabriella Schmidt-Corsitto a été choquée par ce qu'elle a vu, jusqu'à la destruction complète des dents de lait et des dents définitives chez certains enfants. Elle a par le passé établi une clinique dentaire mobile au Gabon. Elle a fondé la Misheel Kids Foundation en 2015.

Misheel veut dire "sourire" en mongol.

Omniprésence du sucre, peu répandu naguère, et ignorance de pratiques comme le brossage des dents: "Ces deux facteurs mis ensemble sont la cause du désastre", dit l'hygiéniste.

- Devoir moral -

Le régime alimentaire de ce pays enclavé entre la Russie et la Chine a changé depuis la fin de l'ère communiste au début des années 1990. La population de 3,6 millions d'habitants, traditionnellement nomade, s'est urbanisée. La consommation de viande et de produits laitiers, héritage du pastoralisme, s'accompagne désormais d'en-cas sucrés et de sodas.

On trouve plus facilement des dentistes à Oulan-Bator. Mais, dans les zones rurales, les enfants "doivent parfois simplement vivre avec la douleur", rapporte Namuunaa qui, comme beaucoup de Mongols, ne s'identifie que par un seul nom.

Lors de leurs "treks", les dentistes peuvent avoir à examiner entre 30 et 50 enfants en une journée, tellement la demande est forte, dit-elle, une tâche "physiquement et mentalement épuisante": "Mais quand on voit à quel point ces enfants ont besoin de soins, on se sent obligé de continuer".

En plus des consultations, Namuunaa et la fondation assurent des séances de sensibilisation, à l'usage des grands et des petits. Au cours de l'une d'elles, Gabriella Schmidt-Corsitto montre à une dizaine d'orphelins amusés et attentifs comment se brosser les dents, devant et derrière et de bas en haut, sur des répliques de grosses mâchoires colorées d'abord, puis dans leur propre bouche.

"Si personne ne nous apprend, nous ne saurons pas forcément comment faire", se réjouit Agimaa, 14 ans.

La fondation vit de dons. Elle a traité plus de 22.000 enfants, dit Gabriella Schmidt-Corsitto. Mais trouver des financements représente un "travail acharné et constant". Elle cherche davantage de soutien de la part des autorités. "Nous ne pouvons pas prendre en charge tout le pays, mais nous constituons un exemple... qui pourrait être reproduit".

bur-pfc-lal/bfi/lgo

C.Arora--MT