Madras Times - Italie: des militants espèrent qu'un procès mettra fin aux "polluants éternels" issus d'une usine

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Italie: des militants espèrent qu'un procès mettra fin aux "polluants éternels" issus d'une usine
Italie: des militants espèrent qu'un procès mettra fin aux "polluants éternels" issus d'une usine / Photo: Marco Bertorello - AFP/Archives

Italie: des militants espèrent qu'un procès mettra fin aux "polluants éternels" issus d'une usine

Egio Spineto filtre son eau et évite de consommer des produits locaux de peur qu'ils ne soient contaminés, mais les substances chimiques provenant d'une usine près de chez lui, dans le nord de l'Italie, sont présentes dans l'air même qu'il respire.

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Après des années de mobilisations menées par des militants locaux, deux anciens directeurs de l'usine située dans la région du Piémont doivent comparaître le mois prochain pour désastre environnemental involontaire.

La zone proche d'Alessandria, dans le triangle industriel entre Milan, Gênes et Turin, est "profondément meurtrie par une crise sociale et sanitaire causée par l'usine", a expliqué à l’AFP le militant local Egio Spineto, 42 ans.

Les habitants vivant près du site Syensqo, à Spinetta Marengo, présentent dans leur sang des taux significatifs de ce que l'on appelle des "polluants éternels", qui ont été détectés à la fois dans l'air et dans les nappes phréatiques locales.

Les riverains souffrent de niveaux de cancers du rein, du foie et de la vessie bien supérieurs à la moyenne, selon une étude de 2019 de l'Agence régionale pour la protection de l'environnement (ARPA) du Piémont.

Alors que les analyses de sang ont jusqu'ici été limitées aux personnes vivant dans l'immédiat voisinage de l'usine, "au moins 90.000 personnes" dans les zones environnantes pourraient être concernées, a indiqué Egio Spineto, qui enseigne dans une école locale.

Syensqo, une filiale créée en 2023 par le géant chimique belge Solvay, qui a racheté le site en 2002, évoque une pollution historique de l'usine, fondée en 1905.

Mais l'ARPA a détecté dans les eaux souterraines et dans l'air la présence de substances chimiques de type "PFAS" produites par Syensqo.

- "Dans mon sang" -

Les PFAS sont des substances chimiques synthétiques qui repoussent la chaleur, l'eau et l'huile. Leur utilisation fait l'objet de restrictions de plus en plus strictes à travers le monde en raison de leurs effets néfastes sur la santé après une exposition chronique, comme des lésions du foie, un taux de cholestérol élevé, et plusieurs types de cancer.

, a déclaré que les militants se battaient pour un air et une eau purs "pour nos enfants, nos petits-enfants".

"Nous défendons aussi l'avenir de cette zone, parce que beaucoup de gens sont en train de partir d'ici, et le prix des maisons a également baissé", a ajouté cette femme de 68 ans.

Les anciens dirigeants de l'usine de Spinetta Marengo, Stefano Bigini, 66 ans, et Andrea Diotto, 51 ans, risquent jusqu’à cinq ans de prison lors du procès qui s'ouvrira le 16 novembre.

L'avocat des dirigeants, Riccardo Lucev, a déclaré à l'AFP que ses clients avaient fourni "le maximum d'efforts pour empêcher toute contamination" et par ailleurs obtenu "d'importants résultats (...) en matière de dépollution de la contamination historique préexistante du site".

Syensqo a indiqué à l'AFP avoir investi "plus de 300 millions d'euros (335 millions de dollars) dans des initiatives de santé, de sécurité, de modernisation et de protection de l'environnement" sur le site, notamment dans des technologies de traitement des eaux et des programmes de réduction des émissions.

L'entreprise est également passée en 2012 de l'utilisation du PFOA, un ancien PFAS et cancérogène avéré, au cC6O4, qu'elle affirme non toxique et non cancérogène. Mais les militants préviennent que les recherches sont encore insuffisantes.

- "Secret industriel" -

Le procès fait suite à une demande formulée en 2020 par l'ONG de protection de la nature WWF, qui avait demandé au parquet de déterminer si la pollution était ancienne ou toujours en cours, a expliqué à l'AFP l'avocat du WWF, Vittorio Spallasso.

Parmi les plaignants figurent le ministère italien de l'Environnement, la région Piémont, l'association écologiste Legambiente, le WWF et 14 particuliers.

La communauté locale est divisée sur cette affaire, car l'entreprise emploie des centaines de personnes et offre de bons salaires, selon Nicoletta Mensi. La militante espère néanmoins que le procès conduira à ce que "ces PFAS ne soient plus produits".

Syensqo explique qu'elle utilise le cC6O4 — un tensioactif fluoré — pour fabriquer des fluoropolymères, couramment utilisés dans des dispositifs allant des instruments médicaux aux batteries de voitures électriques.

Dans le cadre d'un engagement pris en 2021 visant à supprimer progressivement l'utilisation des tensioactifs fluorés à l'échelle mondiale, elle a indiqué qu'elle cesserait en grande partie d'utiliser le cC6O4 dans l’usine de Spinetta Marengo d'ici la fin de cette année.

Egio Spineto accuse l'entreprise "de se retrancher derrière le secret industriel".

"Ils remplaceront probablement le cC6O4 par un autre composé dont, à ce jour, nous ne connaissons pas la composition chimique" et qui ne peut donc pas être recherché dans l'environnement, a souligné le militant. "De cette usine, il ne doit pas sortir une seule molécule polluante", a-t-il estimé.

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B.Sharma--MT