Pologne et Allemagne signent un accord de défense aux ambitions limitées
Après la signature de traités de défense avec la France et le Royaume-Uni, Varsovie doit parapher mercredi avec Berlin un accord de sécurité aux ambitions réduites du fait des réticences historiques de la droite polonaise et du spectre d'un veto présidentiel.
L'accord doit être signé à Varsovie par le ministre polonais de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, et son homologue allemand Boris Pistorius, à l'occasion du 35e anniversaire du traité de bon voisinage de 1991.
Les accords bilatéraux de défense se multiplient en Europe depuis l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022 et surtout dans un contexte d'incertitude sur l'avenir de l'engagement militaire américain.
Etat membre de l'Union européenne et de l'Otan frontalier de l'Ukraine, de la Russie (exclave de Kaliningrad) et du Bélarus allié de Moscou, Varsovie a récemment signé deux importants traités avec les deux seules puissances nucléaires du continent: la France le 9 mai 2025, et le Royaume‑Uni le 27 mai 2026.
Selon le ministère polonais de la Défense, l'accord avec le voisin allemand met à jour un accord-cadre signé en 2011 et couvre principalement la mobilité militaire, le développement d'infrastructures logistiques, la coopération en mer Baltique, la cybersécurité et l'espace.
Il ne comporte toutefois aucune clause supplémentaire de garanties mutuelles, celles-ci restant limitées aux engagements existants de l'Otan (article 5) et de l'UE.
- Accord limité -
En présentant un texte plus contraignant, le gouvernement pro-européen de Donald Tusk se serait heurté à l'opposition nationale-conservatrice du parti Droit et Justice (PiS) et aurait risqué la censure du président nationaliste Karol Nawrocki.
"Nous connaissons tous l'obsession du PiS et du président pour tout ce qui touche à l'Allemagne, donc bien sûr qu'il opposerait son veto", a récemment déclaré le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski.
Le traité signé avec Londres n'a d'ailleurs toujours pas été ratifié par le chef de l'État.
L'accord prévoit une intensification de la coordination entre Varsovie et Berlin, y compris dans le cadre de l'Otan. Dès juillet, des soldats allemands doivent aider la Pologne à renforcer sa frontière avec Kaliningrad dans le cadre du projet "Bouclier de l'Est".
En mer, cette coopération est tout aussi cruciale pour protéger les infrastructures sous-marines essentielles et surveiller la "flotte fantôme" russe, souligne Piotr Szymanski, du Centre d'études orientales, auprès de l'AFP.
La Pologne participe par ailleurs à plusieurs formats régionaux incluant l'Allemagne, dont le Triangle de Weimar (France, Allemagne, Pologne), récemment élargi au format "Weimar+" avec l'Ukraine et le Royaume-Uni.
- Renforcement du flanc est -
En vue du prochain sommet de l'Otan à Ankara, en juillet, les Européens entendent afficher une position unie, la question centrale étant l'avenir de la présence américaine sur le continent.
Une réduction des capacités américaines impliquerait un rôle accru pour la Pologne et l'Allemagne, rappelle le vice-ministre polonais de la Défense, Pawel Zalewski.
Selon M. Szymanski, les capacités de commandement sur le flanc oriental seront renforcées avec le transfert du "Command Task Force Baltic" à Gdynia, port stratégique de la Baltique déjà considéré comme une porte d'entrée logistique de l'Otan.
Parallèlement, des discussions se poursuivent au sein du gouvernement polonais sur des préparatifs à une éventuelle présence accrue de troupes américaines en Pologne, ce qui déplacerait encore davantage le centre de gravité militaire de l'Otan vers l'est.
Q.Dutta--MT