Les marchés mondiaux digèrent le discours de Kevin Warsh
Les marchés mondiaux ont terminé la semaine sur une note contrastée, partagés entre le ton ferme du président de la Réserve fédérale (Fed) Kevin Warsh à Jackson Hole sur l'inflation, la résistance des Bourses et le repli du pétrole.
"Le discours très attendu de Kevin Warsh à Jackson Hole a marqué une rupture (...) comme prévu, il n'a fourni aucune indication sur la trajectoire future des taux" de la Fed, commente Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB.
Le président de la Fed a estimé vendredi que l'inflation était "préoccupante" aux Etats-Unis et qu'il pouvait "difficilement" qualifier la politique monétaire de "restrictive", des propos dénotant une certaine fermeté avant la prochaine réunion sur les taux d'intérêt.
La hausse des prix aux Etats-Unis était de 3,7% en juillet selon l'indice PCE quand la Fed vise 2%. La banque centrale n'a pas touché à ses taux depuis décembre 2025 malgré les pressions exercées par la flambée des prix de l'énergie avec la guerre au Moyen-Orient.
- L'inflation dans le viseur -
"La réaction du marché a été immédiate", souligne Kathleen Brooks, le rendement à deux ans de l'emprunt américain, l'échéance la plus sensible aux évolutions de la politique monétaire, atteignant près de 4,33% vers 15H45 GMT, contre 4,23% la veille en clôture. A dix ans, le rendement atteignait 4,70%, contre 4,67% jeudi soir.
Sur le marché des changes, le dollar prenait 0,45% face à la monnaie unique, à 1,1601 dollar pour un euro.
"L'accent mis sur l'inflation a également pesé sur l'intérêt pour l'or", note Kathleen Brooks. Vers 15H45 GMT, l'or perdait 1,08% à 4.549,65 dollars l'once.
Devant un parterre de décideurs monétaires, Kevin Warsh a répété qu'il était de "longue date" contre l'idée de communiquer sur la trajectoire possible des taux directeurs américains.
"Jackson Hole a traditionnellement été l'occasion d'offrir davantage de visibilité aux marchés", indique Florian Ielpo, responsable de la recherche macroéconomique de Lombard Odier AM. "Warsh a fait presque exactement l'inverse" en abandonnant les "forward guidance" (prévisions de politique monétaire).
"Le changement fondamental est (...) simple : moins d'indications sur les décisions futures, mais davantage de clarté sur les principes qui guideront ces décisions", poursuit Florian Ielpo.
La prise de parole du banquier central était très attendue par les investisseurs, frustrés par sa communication au compte-gouttes depuis sa prise de fonction en mai.
- Les Bourses ravies -
Les marchés d'actions se comportent "comme si le discours (de Kevin Warsh) avait été +dovish+ ("colombe", soit l'expression désignant en anglais les adeptes de taux plus bas, ndlr), et les indices américains n'intègrent pas une hausse des taux de la Fed à court terme", note Kathleen Brooks.
A New York, vers 15H45 GMT, le Dow Jones gagnait 0,13%, le Nasdaq reculait de 0,23% tandis que l'indice élargi S&P 500 cédait 0,03%.
En Europe, la Bourse de Paris a gagné 0,98%, Londres 0,29% et Milan 0,67%.
Francfort a terminé en hausse de 0,77% à 26.569,99 points, un sommet en clôture, après avoir touché un nouveau record en séance à 26.618,74 points.
En France, les marchés gardent un œil sur la situation budgétaire et politique du pays, alors que l'agence Fitch réévaluera vendredi soir la note attribuée à la dette.
- Le pétrole hésite -
Sur les marchés pétroliers, les prix "ont fortement chuté cette semaine, le marché ressentant de plus en plus que Washington et Téhéran cherchent à sortir d'un conflit qui a imposé un lourd coût économique aux deux camps", rappelle Ole Hansen, responsable de la stratégie des matières premières pour Saxo Bank.
Les cours reculaient toujours vendredi. Vers 15H45 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, évoluait à 89,44 dollars (-0,29%), et son équivalent américain, le WTI, perdait 0,48% à 83,13 dollars le baril.
L'Iran et Oman, tous deux riverains du détroit d'Ormuz, qui négocient depuis des semaines les futures modalités de passage, ont dit discuter d'un accord-cadre établissant un "couloir temporaire" et prévoyant une opération de déminage.
L'Iran verrouille ce passage par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux, en représailles à l'attaque israélo-américaine sur son sol fin février, et exclut tout retour à la situation d'avant-guerre.
D.Kumar--MT