Madras Times - Face à la chaleur, les vendanges de nuit gagnent du terrain dans le sud du Portugal

Euronext
AEX -0.78% 1093.27
BEL20 -0.86% 5688.83
PX1 -0.49% 8116.76
ISEQ -0.13% 14381.68
OSEBX -0.64% 2107.54 kr
PSI20 0.11% 9455.72
ENTEC -0.41% 1416.23
BIOTK -1.03% 4668.26
N150 -0.52% 4262.07
Face à la chaleur, les vendanges de nuit gagnent du terrain dans le sud du Portugal
Face à la chaleur, les vendanges de nuit gagnent du terrain dans le sud du Portugal / Photo: Patricia DE MELO MOREIRA - AFP

Face à la chaleur, les vendanges de nuit gagnent du terrain dans le sud du Portugal

Lampe frontale sur la tête et sécateur à la main, les vendangeurs avancent dans l'obscurité entre les rangs de vigne. Dans ce domaine du sud du Portugal, ils travaillent toute la nuit pour éviter les fortes chaleurs qui persistent jusqu'au mois de septembre.

Taille du texte:

"La nuit, il fait beaucoup plus frais et, avec cette lumière, on voit mieux les grappes de raisin", témoigne Maria Jeronima Mendes, ouvrière agricole de 70 ans et doyenne de ce groupe d'une vingtaine de travailleurs.

A minuit, sous un ciel noir éclairé par la lune et les étoiles, le thermomètre affiche encore 28°C, après avoir atteint les 40°C dans la journée.

"Travailler la nuit, ce n'est pas plus fatigant, c'est juste une question d'habitude", ajoute la septuagénaire, qui travaille dans les champs depuis l'âge de douze ans.

Dans cette région portugaise de l'Alentejo, les vendanges nocturnes ont permis à certains producteurs de vin de mieux s'adapter à un climat de plus en plus chaud et sec.

A la Herdade das Servas, un domaine viticole de quelque 350 hectares situé près d'Estremoz, à environ 150 kilomètres à l'est de Lisbonne, elles ont été adoptées pour toute la récolte de raisin en 2025, après un test convaincant réalisé l'année précédente.

- "Une nécessité" -

L'exploitation, dont la production a atteint l'an dernier quelque 277.000 litres de vins rouges, blancs et rosés, emploie une vingtaine de travailleurs portugais, roumains ou originaires d'Asie du Sud-Est.

Dans un secteur qui peine à recruter, les ouvriers se sont montrés réticents avant d'adhérer au travail nocturne, mais ils se disent désormais satisfaits de vendanger avec des températures plus supportables et des conditions de travail moins éprouvantes.

Les vendanges de nuit "sont devenues une nécessité" pour éviter aux ouvriers de travailler "sous des températures de plus de 40 degrés", fait valoir Renato Neves, directeur de production du domaine Herdade das Servas.

Cette nouvelle organisation présente aussi un intérêt pour la vinification. "La nuit, les raisins arrivent plus frais, ce qui retarde le début de la fermentation" et permet "d'obtenir de meilleures décantations" et une meilleure "extraction des arômes", explique M. Neves.

Comme dans d'autres régions d'Europe frappées par un été particulièrement chaud, les vendanges en Alentejo ont commencé cette année au début du mois d'août, soit deux semaines plus tôt que d'habitude.

Dans le domaine situé aux portes d'Estremoz, l'adaptation au changement climatique passe également par certains détails qui ont quelque peu changé le paysage. Pour ralentir la dégradation des sols provoquée par de longues périodes de sécheresse, les mauvaises herbes qui poussent au pied des vignes ne sont plus arrachées comme avant, afin de conserver un peu d'humidité.

- Avantage énergétique -

Au lever du jour, les ouvriers quittent les vignes et la récolte de la nuit est acheminée vers la cuverie, où les raisins sont lavés et triés avant de pouvoir être foulés.

La vendange nocturne présente alors encore un autre avantage, cette fois énergétique, car la cave travaille à plein régime durant la journée, lorsque les panneaux photovoltaïques installés dans le domaine produisent le plus d'électricité.

Les vendanges de nuit se répandent dans plusieurs régions viticoles du sud de l'Europe, confrontées à des températures extrêmes plus fréquentes et plus intenses, notamment dans plusieurs vignobles d'Espagne, d'Italie et de Grèce.

"C'est une réponse aux changements climatiques et, dans les climats méditerranéens, je pense que cette pratique est là pour durer", estime l'œnologue Rui Reguinga, qui voit dans cette pratique "une étape supplémentaire dans la transition vers une viticulture plus durable".

Mais cette adaptation a ses limites, car elle implique une organisation propre et nécessite une main d'œuvre prête à travailler de nuit, note l'œnologue Tiago Macena, spécialisé dans les cépages autochtones portugais.

Pour l'heure, la pratique reste selon lui "limitée aux grands domaines viticoles" caractéristiques du sud du pays, et n'a toujours pas trouvé d'adeptes parmi les petits viticulteurs du nord.

M.Shukla--MT