L'Unesco peut être un "modérateur" dans le "débat global" sur l'IA, affirme son chef
L'Unesco peut jouer un rôle de "modérateur" dans le "débat global" actuel sur l'IA, affirme à l'AFP son directeur général Khaled el-Enany, qui reçoit le 25 septembre le pape Leon XIV, un "partenaire indispensable" connu pour ses prises de position fortes sur le sujet.
L'Egyptien avait envoyé une invitation au Pape dès décembre 2025, quelques semaines à peine après sa prise de fonctions à la tête de l'Organisation de l'ONU pour la culture, l'éducation et la science.
Reçu au Vatican en juin, il accueillera Léon XIV à Paris vendredi prochain, pour la première visite d'un pape au siège de l'Unesco depuis Jean-Paul II en 1980. Cette étape sera l'occasion de discours, notamment de M. el-Enany et du souverain pontife, et de débats autour de l'intelligence artificielle.
"L'Unesco peut avoir un rôle très important avec notre expertise, avec nos partenaires académiques, avec nos partenariats de la société civile, du secteur privé... Je crois que nous avons une place unique à positionner l'Unesco comme un vrai modérateur de ce débat global", affirme à l'AFP Khaled el-Enany, dans son premier entretien à un media international.
"Pendant dix mois à mon poste, le plus grand nombre d'interventions, de déplacements et de conférences que j'ai eues, c'est principalement pour l'intelligence artificielle et pour les sciences", raconte-t-il.
Parlant aussi bien aux Etats qu'aux géants de la tech ou aux universités, l'Unesco est selon lui une enceinte idéale pour appréhender cette révolution.
Son organisation mène depuis plusieurs années une réflexion pionnière sur le sujet, qui a débouché en 2021 sur l'adoption à l'unanimité de ses Etats-membres d'une "Recommandation sur l'éthique de l'intelligence artificielle".
Ce premier cadre normatif mondial consacré à l'IA alertait notamment sur les atteintes à la vie privée, le risque d'une fracture numérique, de la concentration du pouvoir technologique entre quelques États ou entreprises, les effets sur la démocratie et l'information ainsi que sur son impact environnemental.
- "Hors de contrôle" -
Alors que le débat sur les dangers de l'IA monte en puissance ces derniers mois, alimenté par une série d'incidents et de déclarations inquiètes de chercheurs et dirigeants du secteur, "il y a un risque que ça (l'IA) devienne hors de contrôle si on n'intervient pas", abonde Khaled el-Enany.
"Cet échange qui a eu lieu durant ces dernières semaines est très positif", ajoute-t-il, estimant que l'IA est "un outil extraordinaire mais qui doit être gouverné d'une manière éthique, inclusive, équitable".
Outre les questions éthiques, "dans mes discussions avec les différents Etats membres, je vois une disparité", souligne-t-il: "Tout le monde ne participe pas à cette fabrication, à cette nouvelle transformation numérique. Tout le monde est demandeur, par contre".
"Il ne faut pas s'arrêter aux textes", poursuit-il. "On est sur le terrain, avec plus de 80 gouvernements à travers le monde, pour les préparer à cette transformation de l'intelligence artificielle", ajoute-t-il, affirmant que la direction de l'Unesco "parle directement avec les plus grandes entreprises d'intelligence artificielle à travers le monde".
Avec le Pape, il a trouvé un "partenaire indispensable", qui a appelé en mai dans son encyclique "Magnifica humanitas" à "désarmer" l'IA pour "l'empêcher de dominer l'humain" et à "davantage de coopération, de partage des connaissances et de travail entre les nations".
Pour lui, "cette visite (à Paris) va être le début d'un partenariat très solide pour renforcer et protéger la dignité humaine dans cette révolution industrielle".
- "Message politique" -
La venue du pape, "c'est un moment historique pour l'Unesco", estime Khaled el-Enany.
"C'est un message politique pour défendre le multilatéralisme, qui signale et confirme l'importance de l'Unesco", ajoute-t-il, alors que son organisation enregistrera au 31 décembre le départ de deux Etats-membres, dont les Etats-Unis.
L'administration Trump a annoncé en juillet 2025 sa décision de quitter l'Unesco, qu'elle accuse de parti pris anti-israélien et de promouvoir "des causes sociales et culturelles clivantes" avec "une feuille de route idéologique et mondialiste".
Avec ce départ, la Chine - un des grands acteurs mondiaux de l'IA - est devenu le premier financeur de l'organisation.
En 2023, alors que les Etats-Unis - déjà partis de l'organisation lors du premier mandat de Donald Trump - s'apprêtait à réintégrer l'Unesco, le chef de la diplomatie américaine Anthony Blinken avait souligné la nécessité pour Washington d'y revenir pour contrebalancer l'influence de Pékin, notamment sur le sujet de l'IA.
Pour Khaled el-Enany, "l'Unesco est aujourd'hui plus pertinente que jamais": "Quand on regarde les défis de notre temps, qui sont principalement les discours de haine, la prolifération de conflits, le défi climatique, l'intelligence artificielle... C'est l'Unesco".
P.Ghosh--MT