Budget: les fonctionnaires, à nouveau mis à contribution, dénoncent leur "appauvrissement"
Ce serait la quatrième fois consécutive et la huitième en dix ans: pour faire des économies, le gouvernement compte de nouveau geler le point d'indice des fonctionnaires en 2027, un choix dénoncé comme ingrat par les syndicats, qui appellent à une journée de grève le 29 septembre.
Depuis 2017, les agents publics n'ont vu leur point d'indice revalorisé qu'en 2022 (3,5%) et 2023 (1,5%), soit une revalorisation totale légèrement supérieure à 5%. Entretemps, selon l'Insee, l'inflation cumulée depuis 2017 aura atteint 24,17% à la fin 2026.
Un écart grandissant entre les prix à la consommation et la rémunération des agents publics, qui grève leur pouvoir d'achat.
"Depuis 2017, les fonctionnaires ont déjà perdu plus de 16% de pouvoir d'achat" avec les gels successifs du point d'indice, s'est insurgée jeudi soir auprès de l'AFP Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, ajoutant que ce serait "3% de plus l'année prochaine".
"Il y a un appauvrissement, ça c'est clair", et "une vraie difficulté" chez beaucoup d'agents publics, déplore Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT fonction publique, rappelant que "862.000 agents", soit près d'un sur six, "ont une rémunération indiciaire inférieure au Smic".
Un décret de 1991 oblige le gouvernement à garantir qu'aucun agent public ne perçoive une rémunération indiciaire inférieure au Smic. Pour respecter le texte, l'exécutif verse chaque année une "indemnité différentielle" aux agents dont la rémunération est rattrapée par la hausse du salaire minimum.
Outre la question de leur rémunération, la plupart des agents de l'Etat verraient également le budget de leur ministère gelé l'année prochaine, selon les déclarations du Premier ministre.
Ces nouveaux gels "auront forcément des conséquences sur le fonctionnement des ministères", affirme Laure Revel, regrettant que "les alertes des organisations syndicales ne soient pas entendues".
Arnaud Bontemps, porte-parole du collectif "Nos services publics", voit une "contradiction" entre le besoin de renouveler l'attractivité de la fonction publique et la décision du gouvernement: "Est-ce qu'on peut se permettre de geler à nouveau le point d'indice alors qu'il y a une diminution par trois du nombre de candidats aux concours de la fonction publique en trente ans ?".
CGT et CFDT déplorent un manque de reconnaissance et une ingratitude de l'exécutif envers les agents publics.
"Les agents publics, on sait les trouver quand il y a des problèmes", dénonce Laure Revel, en écho notamment au travail des pompiers et des hôpitaux lors de l'été caniculaire.
- Réunion à Bercy -
Sophie Binet pointe, elle, "l'été calamiteux" que la France vient de traverser, avec "les mégafeux, les morts de la canicule, les piratages à Bercy", preuve selon elle de "l'état catastrophique de nos services publics".
"Les agents publics étaient au front tout l'été, (ils) sont là quand le pays est en crise, il faut qu'ils soient rémunérés", a-t-elle insisté auprès de l'AFP jeudi.
Dans son interview au Figaro jeudi, le Premier ministre a laissé une voie ouverte à la négociation avec les syndicats pour préserver les salaires les plus bas.
Des discussions ont déjà été entamées au début de l'été, sans qu'un accord ne soit envisagé pour l'instant: les huit organisations syndicales ont claqué la porte début juillet, lors de leur dernière réunion avec le ministre de l'Action publique David Amiel.
"Ce que le gouvernement nous propose, c'est notamment d'injecter des points (de rémunération) au niveau des bas de grille", a expliqué vendredi à l'AFP Christophe Delecourt (CGT), "mais il n'y a aucun engagement de leur part, ça reste un chantier".
Autre piste évoquée par le gouvernement selon M. Delecourt, "un meilleur taux de promotion, mais uniquement dans le versant de la fonction publique d'Etat", proposition que le syndicat, en tête dans la fonction publique, refuse catégoriquement.
La prochaine réunion entre le gouvernement et les organisations syndicales est prévue le 1er octobre.
D'ici là, une large intersyndicale prévoit une grève le 29 septembre. Dans la foulée des annonces de Sébastien Lecornu, Sophie Binet a affirmé "la nécessité absolue d'une grève la plus forte possible".
"Ce sera aussi l'occasion pour les agents publics de montrer leur détermination aux candidats à la présidentielle", affirme Laure Revel, de la CFDT.
Q.Dutta--MT