Appels à réparations pour l'esclavage: Charles III en visite délicate aux Caraïbes
Le roi Charles III entame mardi une délicate visite dans les Caraïbes, où l'attendent des appels à des excuses officielles et des réparations pour l'esclavage de la période coloniale, que le souverain a décrit comme les "jours les plus sombres" de l'histoire britannique.
Le monarque de 77 ans, toujours traité pour un cancer dont la nature n'a pas été dévoilée, se rendra seul en visite aux Bahamas et au Guyana, en Amérique du Sud, avant d'être rejoint par la reine Camilla à Antigua-et-Barbuda pour la réunion bisannuelle des chefs de gouvernement des 56 pays du Commonwealth, du 1er au 4 novembre.
"Le programme de cette visite ne cherchera pas à éluder +les jours les plus sombres de notre passé+, selon les termes employés par Sa Majesté", a indiqué le palais de Buckingham début octobre, avant ce déplacement de neuf jours.
Mais certaines anciennes colonies réclament que le roi aille plus loin pour réparer les dommages causés par la colonisation et la traite des esclaves, dont ses ancêtres ont tiré profit pendant des siècles.
Début septembre, le gouvernement jamaïcain a déposé une pétition auprès du roi pour "faire avancer la campagne (...) en faveur de réparations pour les ancêtres africains qui ont souffert de centaines d'années d'esclavage".
- Les excuses "prochaine étape" -
Le président du Guyana Irfaan Ali, qui doit rencontrer Charles III, a déclaré à ITV News que la reconnaissance des "jours sombres" de la colonisation n'était qu'une "première étape".
"Passer aux excuses constitue l'étape suivante", a-t-il affirmé, exigeant que l'ancien Empire rende des comptes pour avoir, selon lui, "exploité la région", "détruit des vies" et "créé une situation de sous-développement".
Si des regrets ont été exprimés concernant le rôle central joué par le Royaume-Uni dans l'esclavage, aucun souverain britannique n'a jusqu'ici présenté d'excuses officielles. Et Londres a toujours rejeté l'idée d'une compensation financière.
En 2022, une tournée dans les Caraïbes du prince-héritier William, fils de Charles, et de son épouse Kate avait viré au fiasco, avec manifestations hostiles à la monarchie et appels à verser des réparations.
Interrogée récemment sur Sky News, la secrétaire générale du Commonwealth, la Ghanéenne Shirley Ayorkor Botchwey, a déclaré que des excuses du roi "ne feraient pas de mal".
Elle a aussi estimé que "le moment est venu" d'aborder la question des réparations, sous forme d'indemnisations financières ou autre.
- Résilience climatique -
Le palais de Buckingham a par ailleurs souligné que cette visite serait l'occasion pour les pays des Caraïbes d'aborder des urgences comme le changement climatique.
Charles III, qui milite depuis des décennies pour l'environnement, ira visiter un projet de restauration des récifs coralliens à Antigua-et-Barbuda ou des initiatives de conservation de la forêt tropicale au Guyana.
Il participera également à des événements culturels, rencontrera des jeunes et assistera aux célébrations de l'indépendance d'Antigua-et-Barbuda.
Si la réunion des chefs de gouvernement, qui aura lieu à Saint John's, doit principalement porter sur les opportunités d'investissement et de commerce entre pays membres, l'élaboration de politiques de résilience face au changement climatique sera aussi au menu.
"Beaucoup de pays touchés par le changement climatique ne sont pas parmi les principaux pollueurs, et ce sont pourtant eux qui en subissent les conséquences les plus lourdes", a indiqué vendredi à l'AFP Shirley Ayorkor Botchwey.
Sans vouloir revenir sur la question des réparations de l'esclavage, elle a estimé "possible que les dirigeants échangent au sujet de la justice réparatrice" lors de cette rencontre, ajoutant que le Commonwealth "soutiendrait" les pays engagés dans ces discussions.
"Le Commonwealth est une organisation qui n'a jamais reculé devant les questions difficiles", a-t-elle affirmé.
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J.Gill--MT