Un gouverneur républicain en Californie ? Le scénario fou né des divisions démocrates
La Californie, bastion emblématique de la gauche américaine, pourrait-elle élire un nouveau gouverneur républicain, 15 ans après le départ d'Arnold Schwarzenegger ? Avec une flopée de démocrates prêts à en découdre mardi soir lors d'un débat sur CNN, ce scénario insensé n'est plus totalement improbable.
La campagne pour les primaires bat son plein dans le "Golden State".
Mais contrairement aux autres Etats américains, la Californie n'organise pas de primaires partisanes: les candidats de droite et de gauche concourent ensemble, et les deux à récolter le plus grand nombre de voix le 2 juin s'affronteront ensuite lors des élections générales en novembre.
Cette année, personne ne se détache vraiment à gauche pour succéder à Gavin Newsom, ténor démocrate ayant atteint le nombre limite de mandats et nourrissant désormais des ambitions présidentielles. CNN a donc décidé d'inviter cinq candidats démocrates.
Avec une course aussi fragmentée, les candidats républicains, Steve Hilton et Chad Bianco, croient pouvoir provoquer un séisme politique, en se qualifiant tous les deux.
"Ce sera lui et moi en novembre", a lancé M. Bianco le 22 avril, lors d'un précédent débat télévisé.
Carrure imposante et moustache, il est actuellement shérif du comté de Riverside.
Anglo-américain, ancien conseiller de l'ex-Premier ministre britannique David Cameron, M. Hilton intervient lui régulièrement sur Fox News et a reçu le soutien de Donald Trump.
- Californiens mécontents -
Le duo dénonce inlassablement les "politiques ratées" des démocrates, qui dirigent la Californie sans partage depuis qu'Arnold Schwarzenegger a quitté ses fonctions de gouverneur en 2011.
Leur discours porte assez pour les placer aux avant-postes dans les sondages.
L'Etat a beau être la quatrième économie du monde et le berceau de la Silicon Valley, les Californiens sont contrariés.
Dans les enquêtes d'opinion, ils se plaignent du coût de la vie exorbitant, entre l'essence la plus chère des Etats-Unis en partie à cause des politiques environnementales démocrates, et les prix de l'immobilier stratosphériques.
Le nombre choquant de sans-abris à Los Angeles et San Francisco agace également les habitants, d'autant que la gauche dépense des millions depuis des années sans parvenir à régler le problème.
"Lorsque les électeurs sont mécontents, le parti au pouvoir est généralement tenu pour responsable", rappelle à l'AFP Sara Sadhwani, politologue à l'université Pomona.
Mais de là à ce qu'aucun démocrate ne se qualifie pour l'élection de novembre, "cela semble exagéré", ajoute l'experte, en soulignant qu'environ un quart des électeurs déclarent aux sondeurs n'avoir fait encore aucun choix.
Dans un Etat traditionnellement démocrate, cette masse d'indécis aura selon elle plutôt tendance à gonfler les voix des candidats de gauche. D'autant que la désillusion envers Donald Trump et le camp républicain est assez forte dans tout le pays, notamment à cause de la flambée de l'essence provoquée par sa guerre au Moyen-Orient.
- "Pire que mes adolescents" -
Reste à savoir qui bénéficiera d'un élan décisif, alors que tous les démocrates ont des programmes similaires, promettant de rendre le logement plus abordable, d'améliorer le système de santé publique et de résister à Trump.
A ce stade, trois d'entre eux jouent des coudes avec les deux républicains.
Celui qui domine les sondages est pour l'instant Tom Steyer, un financier milliardaire qui veut taxer les ultra-riches. Interrogé par l'AFP lors d'un récent déplacement à Los Angeles, il a refusé d'appeler au retrait des plus petits candidats.
"Ce serait le comble de l'arrogance de ma part de dire à quelqu'un d'autre ce qu'il doit faire", a-t-il évacué.
Derrière lui, l'ancien ministre de la Santé de Joe Biden, Xavier Becerra, signe une remontée impressionnante ces dernières semaines en vantant son expérience gouvernementale. L'ex-parlementaire Katie Porter, qui se pose en femme du peuple refusant les financements du privé, a aussi une carte à jouer.
Mardi soir, ce trio devra ferrailler avec le maire de San Jose, Matt Mahan, et l'ancien édile de Los Angeles, Antonio Villaraigosa, tous deux crédités de moins de 5% d'intentions de vote.
Cela laisse peu de place pour se différencier, comme l'a montré le dernier débat sur CBS, qui a parfois viré à la cacophonie.
"C'est pire que mes adolescents lors du dîner", a regretté Mme Porter, alors que ses concurrents parlaient tous en même temps.
O.Sethi--MT