Arabie saoudite : les Houthis du Yémen disent avoir touché l'aéroport de Ryad
Les Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, ont annoncé lundi avoir frappé l'aéroport international de Ryad, la capitale saoudienne, une raffinerie du géant Aramco ainsi que plusieurs sites dans le sud du royaume.
La Turquie et le Pakistan, liés par un pacte de défense mutuelle avec l'Arabie Saoudite, ont annoncé lundi envoyer des forces militaires dans le royaume, cible d'attaques régulières de la part des combattants houthis du Yémen.
Ces attaques, menées notamment à l'aide de drones, de missiles balistiques et de missiles de croisière, "ont visé l'aéroport international de Ryad", a déclaré le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, ajoutant que "la raffinerie d'Aramco à Rabigh" avait également été touchée, tout comme des sites militaires et des aéroports du sud du pays.
Dans la soirée, des fortes explosions ont été entendues à Ryad par un journaliste de l'AFP et des habitants. "J'ai vu mes fenêtres trembler", a décrit l'un d'eux, résidant non loin de l'aéroport international de la capitale saoudienne.
Au même moment, la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen a annoncé avoir frappé des "cibles militaires" à Al-Hodeïda, grand port de la mer Rouge sous contrôle des Houthis.
Le porte-parole de la coalition, Turki Al-Malki, a indiqué sur X que les forces navales avaient "détruit des dépôts d'armes, des installations abritant des bateaux piégés et des mines" et avaient "déjoué une attaque prévue" visant les voies navigables du sud de la mer Rouge.
Les hostilités entre les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l'Arabie saoudite, et les combattants houthis, au pouvoir dans une grande partie du Yémen depuis une décennie, ont repris en juillet après des années d'accalmie, ouvrant un nouveau front dans la guerre au Moyen-Orient.
A l'issue d'une offensive éclair en septembre, les Houthis ont pris le contrôle de tout le littoral ouest du Yémen, bordant la mer Rouge. Et ils ciblent depuis régulièrement les installations pétrolières et militaires du royaume voisin.
L'Arabie saoudite et les forces gouvernementales yéménites, peinant à repousser les attaques des Houthis, ont plusieurs fois demandé du soutien international, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu'ici.
- Turquie et Pakistan -
Après une réunion à Ryad, la Turquie, le Pakistan et l'Arabie Saoudite, se sont mis d'accord pour passer "immédiatement à la mise en pratique de l'accord de défense mutuelle", signé en août à La Mecque, et "de prendre les mesures nécessaires pour fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume", est-il écrit dans un communiqué commun des trois pays.
Le texte ne nomme pas directement les Houthis pro-iraniens, mais "condamne dans les termes les plus forts" les frappes ayant visé les villes saintes de Médine et La Mecque - imputées aux Houthis par l'Arabie saoudite - ainsi que "les attaques continues sur les villes et installations civiles et économiques" du pays.
C'est la première fois que cet accord associant la deuxième armée de l'Otan (la Turquie), la principale puissance du Golfe (Arabie Saoudite) et la seule puissance nucléaire du monde musulman (le Pakistan) est mis en action.
- Espace aérien "pas sûr" -
Soutenues par les avions de combat saoudiens, les forces gouvernementales du Yémen ont annoncé dimanche une vaste contre-offensive pour reprendre aux Houthis les territoires récemment conquis, voire les déloger de l'ensemble du pays.
Elles ont affirmé avoir mené plus de 1.000 frappes, et lancé une offensive sur la capitale Sanaa, aux mains des Houthis depuis 2015.
Les combattants houthis ont de leur côté averti les compagnies aériennes que le ciel au-dessus de l'Arabie saoudite n'était "pas sûr" - à l'exception des villes saintes de Médine et La Mecque, qu'ils soutiennent ne jamais avoir visées.
Dimanche, le très stratégique oléoduc Est-Ouest, qui permet à l'Arabie saoudite de transférer son pétrole bloqué à l'est à cause du verrouillage du détroit d'Ormuz vers l'ouest du royaume, avait également été pris pour cible, et a été mis à l'arrêt - il avait déjà dû l'être le mois dernier.
Le patron du géant pétrolier saoudien Aramco a mis en garde contre le niveau "dangereusement faible" des stocks mondiaux de pétrole.
La coalition a elle également déclaré "assurer la protection aérienne du détroit de Bab el-Mandeb", essentiel pour le transport des hydrocarbures.
Les Houthis avaient renforcé en septembre leur contrôle sur ce détroit, dont l'importance stratégique s'est accrue avec le verrouillage par l'Iran de celui d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, après le début de la guerre au Moyen-Orient en février.
Les combats entre les forces gouvernementales et les Houthis se poursuivent aussi sur le littoral du Yémen, où des sources militaires ont affirmé lundi que les forces progouvernementales avaient coupé la seule voie d'approvisionnement vers la ville de Mokha, prise par les Houthis en septembre - s'abstenant toutefois de confirmer officiellement la reprise de ce port stratégique.
C.Arora--MT