Tennis: Jannik Sinner, empereur à Rome et bien au-delà
Déjà au Panthéon italien et bientôt dans la légende ? En remportant le Masters 1000 de Rome dimanche, le N.1 mondial Jannik Sinner a mis fin à une disette de cinquante ans pour le tennis italien et fonce sur les traces des plus grands palmarès de son sport.
Les imposantes statues de marbre blanc du Foro Italico en ont tremblé. Quand Sinner a triomphé de Casper Ruud d'un coup droit gagnant pleine ligne, le Campo Centrale s'est embrasé et les 10.500 spectateurs se sont tous levés. Leur héros, tel un empereur romain, a levé les bras au ciel, les a salués d'un inhabituel et large sourire pendant qu'ils chantaient son nom.
Après une heure et 45 minutes de jeu et deux sets rondement menés 6-4, 6-4, il s'est adjugé le tournoi italien le plus important du circuit, ces Internationaux d'Italie qui n'avaient plus été remportés, côté masculin, par un joueur local depuis le sacre d'Adriano Panatta en 1976.
Tout un symbole, Adriano Panatta a donné une accolade à Sinner avant qu'il ne reçoive son trophée, quelques mois après la disparition de l'autre légende du tennis italien, Nicola Pietrangeli.
Le phénomène aux boucles rousses du Haut-Adige, cette région germanophone du nord-est de l'Italie, est devenu définitivement le meilleur joueur de tennis italien de l'histoire.
- 29 titres -
Il l'était déjà par son palmarès avec ses quatre sacres en Grand Chelem, son statut de N.1 mondial, inédit pour un Italien, et ses deux éditions de la Coupe Davis (2023, 2024).
Mais il lui manquait un triomphe à domicile, dans "son" tournoi. Battu en finale par Carlos Alcaraz l'an dernier, Sinner n'a cette fois pas laissé passer sans chance, même s'il a tremblé, épuisé par l'enchaînement des matches (28, depuis le 6 mars, en 72 jours), notamment dans une demi-finale sur deux jours à cause de la pluie, face au Russe Daniil Medvedev.
Pour empocher son 29e titre, Sinner n'a d'ailleurs pas produit son meilleur tennis. Son début de finale a même été laborieux, il a perdu son service d'entrée, puis a debreaké Ruud son adversaire dans la foulée. Il a fallu attendre le neuvième jeu pour que Sinner prenne l'ascendant avec trois amorties qui ont fait craquer Ruud, avant d'empocher la première manche sur un jeu blanc de service en 49 minutes.
Avec son service retrouvé et un adversaire en surrégime, commençant à faire plus de fautes, il a vite pris le large dans le second set pour mener 3-1, puis 5-3, avant de concrétiser sa première balle de match.
"Cela a été deux semaines très intenses, pleines d'émotions, le tennis n'a pas été parfait lors de cette finale des deux côtés, mais je suis heureux, car j'ai réussi deux derniers mois et demi de tennis incroyables", a-t-il constaté.
- Doublé italien -
Sinner n'a pas uniquement marqué l'histoire du tennis italien. Avec son 10e titre en Masters 1000, son sixième consécutif après Paris 2025, Indian Wells, Miami, Monte-Carlo et Madrid cette année, il est devenu le deuxième joueur de l'histoire, après Novak Djokovic, à avoir remporté les neuf Masters 1000 au calendrier en moins de trois ans seulement quand il avait fallu onze années au Serbe pour réaliser ce carton-plein. Il a aussi enchaîné une 34e victoire de suite, record et série en cours, dans ces tournois les plus importants après ceux du Grand Chelem.
L'absence de Carlos Alcaraz, blessé depuis sa finale perdue à Monte-Carlo, lui a permis d'accélérer sa moisson en faisant main basse sur les trois Masters 1000 sur terre battue, comme seul Rafael Nadal avant lui.
D'ici trois semaines, il aura peut-être gagné tous les titres les plus prestigieux du tennis, à l'exception de l'or olympique.
Car Sinner fait désormais figure de grandissime favori de Roland-Garros (24 mai-7 juin) où il pourrait compléter sa collection en Grand Chelem, après ses deux sacres en Australie (2024, 2025), son titre à Wimbledon l'an dernier et son triomphe à l'US Open (2024).
Un an après le doublé de Jasmine Paolini, sacrée en simple, une première pour une Italienne à Rome depuis 1985, et en double, l'Italie, en plein âge d'or, a remis ça, mais du côté masculin cette fois.
Simone Bolelli et Andrea Vavassori se sont imposés en finale face à la paire argentino-espagnole Horacio Zaballos/Marcel Granollers 7-6 (10/8), 6-7 (3/7), 10/3.
L.Mathur--MT