L'IA qui prédit l'avenir, de quoi attirer la finance, les entreprises et les gouvernements
L'intelligence artificielle (IA) peut désormais prévoir l'évolution de la Bourse, la réouverture du détroit d'Ormuz ou le classement d'une chanson de Shakira aussi bien que les meilleurs spécialistes et bientôt mieux, un marché que cherchent à développer plusieurs start-up.
D'ici 2030, "la façon dont nous prenons des décisions aujourd'hui ressemblera pour nous à l'âge de pierre", clame Dan Schwarz, cofondateur de la société de prévision FutureSearch, qui voit l'IA améliorer sensiblement nos choix stratégiques.
Gavés de données, certaines publiques, d'autres achetées à des fournisseurs, les modèles de prévision IA sont déjà au coude-à-coude avec les meilleurs "superforecasters", des surdoués dont les estimations sont nettement supérieures à celles du commun des mortels.
Début septembre, deux IA ont terminé aux premières places de la Metaculus Cup, une compétition entre champions des pronostics, humains et logiciels confondus, une première historique.
Le sorcier maison de FutureSearch, l'ingénieur Tom Liptay, a conscience que "son emploi n'est pas assuré" à moyen terme, observe Dan Schwarz. "Il sait que ces (programmes) vont le surpasser."
En utilisant l'intelligence artificielle sur la plateforme américaine de pronostics Kalshi, le cofondateur de Preseen, Theo Summer, est parvenu à transformer 35 dollars en 1,9 million en sept mois.
L'idée n'est pas de garantir un résultat mais de définir une probabilité de survenance, avec la possibilité de croiser des hypothèses liées à plusieurs événements interconnectés, par exemple l'évolution du prix du pétrole et la guerre au Moyen-Orient.
"Jusqu'ici, les +hedge funds+ (fonds spéculatifs) ont été les plus rapides" à acheter le service, explique Veniamin Veselovsky, cofondateur de Preseen, "parce que dès qu'ils pensent pouvoir faire de l'argent avec quelque chose, ils peuvent se positionner rapidement".
Les algorithmes pèsent déjà dans l'orientation de Wall Street depuis plus d'une décennie, sans intervention humaine, mais l'émergence des prévisions IA devrait encore accentuer l'automatisation des marchés financiers.
"Je pense que cela a déjà un petit impact parce que nous avons des clients qui l'utilisent pour faire des opérations", avance Toby Shevlane, patron de Mantic, un autre acteur de cette industrie bourgeonnante.
L'IA est également en train de prendre d'assaut les désormais fameuses plateformes de pronostics Kalshi et Polymarket, fréquentées par des millions d'Américains.
"Le temps est compté si vous voulez faire des transactions sur ces marchés" et espérer quelques profits, prévient Veniamin Veselovsky, car "ils seront bientôt dominés par les systèmes de prévision IA".
- "Surveiller les risques" -
D'autant que ces produits ont vocation à rester, au moins à moyen terme, destinés à des clients professionnels et entreprises, sans accès pour les particuliers car trop onéreux.
Les modèles les plus performants ne se contentent plus de prédire un événement mais peuvent définir leurs propres questions sur l'avenir et attribuer ensuite des probabilités en fonction des différentes issues, annonce Toby Shevlane.
La sphère d'influence des pronostics IA commence à s'étendre au-delà de la finance. Mantic fournit à une grande entreprise américaine des scénarios probables d'évolution réglementaire dans son secteur et a également travaillé pour le gouvernement britannique.
Dans le cas des sociétés, "elles s'intéressent aux risques et à la manière de les surveiller", à l'aide des probabilités fournies par l'IA, dit Toby Shevlane.
Preseen préfère offrir ses services plutôt que de monter sa propre structure d'investissement appuyée sur ses modèles, "parce que le marché des décideurs est beaucoup plus vaste (en termes de revenus potentiels) que l'argent que pourrait générer un fonds", fait valoir Veniamin Veselovsky.
Dan Schwarz évoque un usage dans la recherche médicale, notamment pour les arbitrages de financement entre diverses voies d'exploration pouvant mener à un traitement.
"Les choix de politiques par les gouvernements, de logistique par les entreprises ou de risques à couvrir par les assureurs, voilà où se trouve la valeur pour la société et les revenus pour la prévision IA", suggère Veniamin Veselovsky.
"Si nous améliorons la prise de décision", entrevoit l'entrepreneur, entre marketing et idéalisme, "le monde pourrait s'en porter mieux. Mais j'ai aussi un peu peur que la Russie ou la Chine développent un meilleur système que le nôtre."
N.Prakash--MT