Crise automobile: Volkswagen se tourne vers la défense pour sauver une usine allemande
Des véhicules cabriolets aux systèmes de défense aérienne: le géant Volkswagen a annoncé lundi la reconversion de son usine d'Osnabrück (ouest), symbole du virage de l'industrie automobile allemande en crise vers le secteur florissant de la défense.
Les carnets de commandes débordants des groupes de défense apparaissent comme des débouchés potentiels pour les usines sous-utilisées des constructeurs, face à une demande atone.
Dans ce contexte, le groupe aux dix marques (VW, Porsche, Audi, Skoda...) a dit être "parvenu à un accord" avec le Land de Basse-Saxe, actionnaire influent du constructeur, et le fonds de capital-investissement israélien Aurelius Capital, sur "une éventuelle vente de sa filiale Volkswagen Osnabrück GmbH", qui exploite le site. Aurelius en deviendrait l'actionnaire majoritaire, selon un communiqué.
Les deux acheteurs prévoient un premier projet de coopération avec l'israélien Rafael Advanced Defense Systems pour "la possible fabrication de systèmes et de composants pour des systèmes de défense aérienne destinés à l'Allemagne et à l'Europe".
Selon Volkswagen, "d'autres partenariats et projets" sont prévus dans le cadre de cette reconversion, qui permet de préserver en partie le site d'Osnabrück, dont l'arrêt de la production de véhicules était prévu pour l'été 2027.
L'usine fabrique le modèle T-Roc Cabriolet de la marque éponyme, pour lequel aucun successeur n'avait été annoncé.
Aurelius Capital est présentée comme une société d'investissement dont le siège est situé à Tel Aviv, en Israël, qui développe des technologies dans "la défense, la cybersécurité, l'intelligence artificielle et les infrastructures critiques".
L'annonce intervient quelques jours après un accord historique trouvé entre actionnaires et représentants des salariés sur des économies massives à réaliser au sein du groupe Volkswagen, principalement chez la marque VW, afin de remonter la pente face aux vents contraires qui pèsent sur l'industrie automobile européenne.
Ce plan, qui prévoit 50.000 suppressions d'emplois supplémentaires dans le monde d'ici 2030, en plus des 50.000 déjà décidées depuis 2024, suscite l'inquiétude des salariés du groupe quant au sort d'autres usines allemandes, à Emden, Zwickau, Hanovre, et Neckarsulm.
-Trois quarts des emplois préservés-
Une reconversion de ces sites à d'autres activités n'a pas été évoquée mais pourrait permettre de limiter la casse sociale.
Grâce à l'accord conclu lundi pour le site d'Osnabrück, l'emploi de 1.400 salariés, soit environ trois quarts des 1.800 salariés que compte le site à ce jour, est préservé.
D'après un communiqué du comité d'entreprise de Volkswagen, avec les réductions d'effectifs qui étaient déjà prévues en raison de départs à la retraite et de dispositifs de préretraite, l'effectif du site devrait s'établir à environ 1.200 postes.
Pour ces derniers, "une garantie de l'emploi est appliquée jusqu'à fin 2029".
"Il s'agit désormais de mener cette transition en étroite concertation avec les salariés et leurs représentants", a prévenu Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall, citée dans le communiqué de Volkswagen.
Reste à savoir comment les salariés accueilleront cette réorientation vers l'industrie de défense, dans un pays où les courants pacifistes ont longtemps pesé dans le débat public.
Egalement en difficultés, Mercedes-Benz a annoncé début juin le développement en coopération avec la start-up allemande de défense Tytan de systèmes de défense antidrones basés sur des véhicules.
Et d'après des informations de l'hebdomadaire Der Spiegel, le groupe franco-allemand KNDS serait en discussions pour reprendre une usine Mercedes-Benz à Ludwigsfelde, au sud de Berlin, pour y produire des véhicules blindés.
Les fournisseurs des constructeurs automobiles, rattrapés par la crise du secteur, cherchent également de nouveaux débouchés. Deux équipementiers français, Forvia et Valeo, ont par exemple annoncé cet été se lancer dans les drones militaires.
C.Chaudhary--MT