Vuelta: chaude dernière semaine pour Mas, encore sous la menace de Gall et Roglic
Relancé par l'abandon du leader Tadej Pogacar après une semaine de course, le Tour d'Espagne, écrasé par la chaleur, promet une bagarre à trois pour la victoire finale dimanche à Grenade entre Enric Mas, Félix Gall et Primoz Roglic, sous le regard affamé du grand animateur Wout Van Aert.
. Mas assure
Il n'a pas conquis le maillot rouge mais en a hérité, refusant d'ailleurs de le porter sur le podium à Xeraco, peu après l'abandon sur chute de Tadej Pogačar lors de la 8e étape.
Mais Enric Mas lui a fait honneur jusque-là, se comportant en digne héritier de l'ogre slovène, qui était bien parti avant son abandon pour remporter le seul grand Tour manquant à son palmarès et dont la saison a pris fin sur les routes espagnoles.
Un coup de tonnerre qui a relancé la chasse au maillot rouge, à l'avantage de Mas, qui s'est rapidement comporté en patron, doublant son avantage sur ses poursuivants en une semaine pour compter dimanche soir un peu plus de deux minutes d'avance sur l'Autrichien Félix Gall (2:06) et le Slovène Primoz Roglic (2:10).
Deuxième à trois reprises de la Vuelta, le Majorquin de 31 ans dispose d'une occasion en or de devenir le premier Espagnol à s'imposer 12 ans après Alberto Contador, à condition de ne pas connaître de jour "sans", une mauvaise habitude chez lui ces dernières saisons.
. Gall et Roglic restent dans le coup
Car Gall et Roglic n'ont pas encore abdiqué.
Deuxième du Giro en juin derrière le Danois Jonas Vingegaard, Félix Gall tient son rang, même si l'Autrichien attendait certainement plus des étapes de montagne, où il a en outre été placé dans les meilleures conditions par ses équipiers de Décathlon CMA-CGM, dont le Français Léo Bisiaux. Mais que ce soit au train (dans l'Alto de Aitana sur la 9e étape) ou par fulgurances (jeudi au Calar Alto), jamais Gall n'a pu décrocher Enric Mas, lui aussi bien entouré.
Il reste deux étapes montagneuses, vendredi et samedi, au récent vainqueur du Tour de Burgos pour inverser la tendance.
Primoz Roglic peut lui aussi continuer à y croire, avec la perspective d'un contre-la-montre de 32 kilomètres jeudi, lors duquel le quadruple vainqueur de la Vuelta espère reprendre une minute voire plus à ses adversaires.
Mais ce ne sera toutefois pas suffisant pour terminer en rouge dimanche à Grenade, d'autant que le Slovène de 36 ans est apparu un peu court et souvent isolé au sein de sa formation Red Bull-Bora-Hansgrohe lors des étapes de montagne.
. Van Aert-Brennan, duo vorace
Loin des premières places au général, Wout Van Aert et Matthew Brennan ont cannibalisé les étapes de plaine et de moyenne montagne.
Cinq victoires (un tiers des étapes) pour la formation Visma-Lease a bike grâce à eux: deux pour le Belge (par ailleurs maillot vert et toujours en lice pour le maillot à pois) et trois pour le jeune Britannique.
Ce dernier passe bien les bosses, il est intraitable au sprint et est également à l'aise sur les pavés comme en témoigne son succès en Belgique à Kuurne en début de saison.
A 21 ans, le Britannique a des airs de Van Aert, son leader et aîné de dix ans. Visma ne devra pas chercher bien loin un successeur au dernier vainqueur de Paris-Roubaix au moment de la retraite de ce dernier.
Un Van Aert qui affiche par ailleurs l'état de forme d'un candidat au maillot arc-en-ciel à la fin du mois à Montréal.
. Chaleur extrême et conséquences
Les coureurs ont eu très chaud ces derniers jours, et ce n'est pas terminé. Alors que les trois dernières étapes se sont disputées sous plus de 40 degrés, forçant la direction de course à raboter l'étape de dimanche, la suite s'annonce tout aussi caniculaire.
Cette Vuelta a été dessinée principalement dans le sud de la péninsule, où il fait traditionnellement très chaud mais où le réchauffement climatique accentue la canicule et met les organismes à rude épreuve.
Déjà, 34 coureurs ont jeté l'éponge, certains (Tiberi, Tulett, Sivakov) pour des coups de chaud les ayant conduits à l'hôpital.
Il reste ainsi 150 courageux, dont quelques-uns élèvent la voix pour mettre en garde contre les risques sanitaires accrus.
Certains émettent l'idée d'inverser Giro (mai/juin) et Vuelta, d'autres de déplacer le Tour d'Espagne en octobre tandis que faire débuter les étapes tôt le matin se heurterait aux contraintes des audiences TV.
Quoi qu'il en soit, après un Tour de France déjà caniculaire, l'Union cycliste internationale (UCI) n'échappera pas à un débat.
Q.Dutta--MT